27. sept., 2015

Unifier la coalition anti-terroriste et en finir avec Daesh

Le renforcement des positions et des armements russes dans la Syrie de Bachar el Assad et de ses alliés iraniens et chiites libanais, ainsi que la recomposition de la géopolitique mondiale, placent la France et sa diplomatie en porte à faux.

 

Dans le même temps, le 27 septembre 2015, l’armée française a procédé à son premier bombardement contre l’Etat islamique (alias DAESH) en Syrie, permettant au Président Hollande d’afficher ses nouvelles positions le lundi 28 septembre, lors de la 70e assemblée générale de l’ONU. Depuis l’émergence de l’Etat islamique en Irak, et son débordement sur la Syrie orientale en 2014, la France n’avait pas révisé son système d’alliance, plaçant à égalité DAESH, forte d'un territoire grand comme un quart de la France, qui forme et pousse des terroristes à commettre des attentats sanglants en France et le régime syrien, maintenant confiné à la seule Syrie occidentale.

 

La position de la France reste depuis l'origine confuse et ambiguë.

 

Après avoir érigé le président criminel Bachar el Assad en ennemi mondial numéro 1, l’exécutif français a failli engager la France dans une guerre ouverte en bombardant Damas en septembre 2013, n’était-ce le veto du Parlement britannique. Peu après, grâce à la diplomatie russe, un plan de destruction des armes chimiques était pourtant parrainé par les russes,  approuvé par les syriens et exécuté dans un temps record.

 

La France a traîné des pieds pour signer l’accord nucléaire international avec l’Iran, tandis qu’elle en profitait pour intensifier ses ventes d’armes aux puissances sunnites du Golfe (Arabie Saoudite en tête). Or les inventeurs de l’Etat islamique ont puisé leur inspiration idéologique et leurs subsides dans ces pays. Plusieurs rapports de la DGSE, publiés dans la presse et jamais démentis, confirment l’implication de ces monarchies aux côtés des groupes djihadistes au Sahel, en Libye et au Moyen-Orient., sans évoquer la guerre ouverte menée au Yémen par une coalition de pays arabes en dehors de tout autorisation internationale.

 

La France entretient par ailleurs une relation ambiguë avec la Turquie islamiste : membre de la coalition, elle a repris la guerre contre ses Kurdes et ceux du nord de la Syrie, alors qu’ils sont la principale force contre DAESH. La Turquie pousse en outre des centaines de milliers de réfugiés moyen-orientaux qu’elle abrite sur son sol à prendre la route de l’Europe, y provoquant la plus grande crise migratoire depuis 1945. Le président turc n’a jamais caché son ambition d’islamiser l’Europe, et il met en pratique, à l’occasion de la crise des migrants, l’argumentaire de l’Etat islamique en Libye prévoyant de noyer l’Europe sous les migrants. Parallèlement les discussions pour son entrée dans l'Union Européenne continuent...

 

La France est donc alliée aux soutiens d’un de ses pires ennemis (DAESH), en même temps qu’elle minore son soutien à certains pays de la coalition anti-DAESH, au risque de déséquilibrer un peu plus le Liban, de rater l’ouverture du marché iranien, et d’approfondir les tensions avec la Russie.

 

La Russie qui vient de s'engager un peu plus sur le terrain syrien est en effet le pays qui le plus d’intérêts et de points communs avec la France dans la région. Elle est le premier pays d’Europe devant la France à abriter une population musulmane, et redoute l’importation du terrorisme de DAESH sur son sol. Depuis des siècles, elle a assuré avec la France la protection des chrétiens d’Orient (Géorgie, Arménie, orthodoxes…), et elle réclame la préservation du pluralisme religieux dans la région. Comme la France, elle vole au secours de la Grèce, et veut sauver les Etats du Moyen-Orient, la Syrie, le Liban et l’Irak, seul moyen d’éviter l’épuration ethnique, la disparition des chrétiens d’orient, et de mettre un terme à la crise des migrants. Elle veut en outre contenir l’expansionnisme turc grâce à l’Iran, et s’appuie sur l’Egypte pour maîtriser le fondamentalisme islamique de l’Arabie ou du Qatar.

 

Il convient maintenant et sans tarder de donner des signes forts de rapprochement avec la Russie, seul voie politique pour assécher les vagues migratoire et terroriste. Le déploiement militaire de la Russie dans l’ouest de la Syrie est une occasion inédite de se rapprocher de cet allié historique, de solder la guerre froide et de donner corps à une (très) grande Europe de la défense. Il est invraisemblable de laisser les Etats-Unis mener actuellement seuls ces discussions officieuses avec la Russie et Bachar el Assad. L’ostracisme envers les Russes est mortifère pour l’Europe.

 

Reprendre langue avec les Russes, c'est aussi chercher à sortir de l'impasse ukrainienne en s'efforçant cette fois de ne plus co-signer d'accords jetables tels ceux de maidan de février 2014.

 

Une alliance refondée avec la Russie serait pour le monde européen un électrochoc mobilisateur, les uns amenant la technologie, les autres leurs ressources naturelles, seuls moyen d’en finir avec la dépendance énergétique suicidaire vis-à-vis de la péninsule arabique.

 

En allant plus loin, la réconciliation historique entre catholiques et orthodoxes, près de 1000 ans après le schisme de Constantinople, porterait un nouveau rêve de civilisation.

 

 

 Rédigé par JL GRATTEPANCHE

les documents suivants pourront être consultés avec profit :

- l'article de Renaud Girard, "suspendons les sanctions contre la Russie", publié dans le figaro du 22 sept 2015

- l'interview de l'ambassadeur de Russie Alexandre Orlov dans Bourdin direct du 25 sept 2015